Duel de sommeliers : Sindie Goineau VS Steve Beauséjour

11 May 2015

Une bouteille, 2 sommeliers:
découvrez ici l’issue d’un duel amical auquel Sindie Goineau et Steve Beauséjour ont bien voulu se prêter pour nous!

Vin dégusté : Domaine Marcel Deiss, Engelgarten 2010 « Le jardin des anges ».

Sindie Goineau
Ce qui me fascine avec le domaine Marcel Deiss, c’est leur désir de vouloir promouvoir l’expression du terroir avant l’expression du cépage même. Leurs vignes évoluent en co-plantation, cette façon de laisser différents cépages évoluer dans une même parcelle et de les vendanger tous ensemble. Peu de vignerons le font encore aujourd’hui. Muscat, riesling, pinot gris, pinot noir… Tous y passent dans ce cru et ça donne un résultat franchement bon!
Le vin est riche et très aromatique, sur des arômes de zeste de pamplemousse rose et d’orange, de gingembre et de muscat. Au nez, on s’attend presqu’à avoir un vin liquoreux dans le verre mais, surprise, la bouche présente une finale tendue avec de beaux amers qui donnent de la fraicheur à la cuvée. Plutôt complexe comme cuvée, d’ailleurs! Avec la minéralité sentie de ce terroir de graves, on pourrait bien passer de longues minutes à essayer de déceler tout ce qui se cache dans cette bouteille.
Je propose de boire ce vin avec un gravlax de saumon servi sur une salade de concombre libanais, fenouil et aneth, le tout arrosé de jus de lime fraichement pressé. On pourrait même y ajouter une quenelle de crème fraîche au gingembre & zeste de citron. La fraicheur des aliments ainsi que la salinité du gravlax viendra équilibrer la richesse de ce vin et mettra davantage la minéralité en valeur.

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Plaisir garanti pour les papilles gourmandes! Cheers !!

Steve Beauséjour

Voici un vigneron qui fait honneur au travail de valorisation des terroirs, de la même façon que les anciens pratiquaient à l’époque. En effet, on privilégie chez la famille Deiss la co-plantation, où cohabitent sur une même parcelle graveleuse le riesling, le muscat, le pinot gris et le pinot noir!
J’adore l’idée de cette synergie de pollinisation permettant une maturité uniforme de vignes qui ne murissent habituellement pas en même temps. Tout est vendangé d’un seul coup, à pleine maturité, pour être ensuite co-vinifié. Il s’agit donc d’un assemblage qui naît naturellement sur pieds de vigne, contrairement à l’action d’assembler les différentes cuves une fois les fermentations terminées. C’est d’autant plus rare de procéder ainsi dans cette région où la plus part du temps, un seul cépage sur terroir précis est roi et maître.
Se perdent donc les typicités caractérielles des cépages. Malgré cela, dès l’ouverture de la bouteille, j’ai pu deviner la puissance aromatique du muscat et du pinot gris. Avec un peu de temps, vient s’ajouter le riesling avec sa dimension « zesty ». J’aurais pu passer des heures à voir la complexité se déployer mais…il faut boire!
Une fois mis en bouche, l’attaque se déploie sur la tendreté et la richesse. L’équilibre du vin est assez original car il est tendre, puissant et peu acide ce qui pourrait paraître lourd. Cependant, coup de théâtre… une folle trame amère vient appuyer, tel une brise marine fraiche, la grande salinité des terroirs d’Engelgarten. C’est du sérieux.

Je l’ai accompagné d’un sandwich Po Boy aux crevettes « laughing birds » frites, concombres et mayo légèrement pimentée à la bergamote et zeste de citron confit. Je l’aurais bien vu aussi sur des pétoncles grillés, endives caramélisées, salade de salicorne légèrement zestée.
Je recommande fortement ce vin pour accompagner des recettes à hautes teneurs en Umami! Bonne dégustation!

poboy