Vie de quartier, vie de jardin : un potager urbain au service du voisinage de Rosemont

10 August 2017

Rencontre avec Fabien Cambi, initiateur du Carré Casgrain.

Armé de temps et de volonté, c’est à partir de rien du tout que Fabien s’est mis à jardiner depuis son balcon, puis de la cour d’immeuble où il réside, avant que son projet ne se propage au quartier. De cette initiative est né le Carré Casgrain, un jardin communautaire à Rosemont qui éclot sur un terrain vague privé, laissé à l’abandon depuis 10 ans.  

Le jardin du Carré Casgrain prend place au coin des rues Saint-Dominique et Casgrain entre Bellechasse et Beaubien, et il est également adjacent à une ruelle verte. Ancien ingénieur informatique, Fabien s’est découvert une passion léguée d’un grand-père amateur de jardinage et de valeurs restées dans la famille. Le jardin applique les principes de la permaculture, qui signifie tout simplement « imiter la nature ». « C’est surtout de l’observation, essayer de comprendre par soi-même ce que la nature nous dit. Il suffit de l’écouter, de regarder et de comprendre comment ça fonctionne. » C’est cette philosophie qui confère au jardin son allure sauvage —  on y mélange les plants, on ne tasse pas la terre, etc. « Observer et copier la nature, car c’est un écosystème qui fonctionne très bien », nous dit Fabien. Alors là, on ne peut qu’en constater le joli résultat!  

DSC_3415 (1)

Au-delà de l’horticulture, c’est un esprit communautaire remarquable qui anime ce projet, à travers lequel s’est développée une vie de quartier motivée par l’entraide, la contribution et la rencontre. « Le but, c’était de rendre ce lieu de vie aux gens de la ruelle », raconte Fabien. « C’est agréable d’avoir du contact avec tout le voisinage, dont la plupart ne se connaissaient pas auparavant », témoigne-t-il. « C’est ce que les gens cherchent réellement à travers l’expérience. Tous sont invités à participer, et à y mettre du sien, que ce soit en jardinant, en amenant d’autres idées (une murale et un projet d’exposition pourraient voir le jour) ou en participant aux ateliers informels ». Le voici qui nous fait part de la vie de jardin au Carré Casgrain.

20024055_2008786506074625_8407386549592001332_o

(crédit photo Carré Casgrain)

Quels ont été ta plus belle découverte et ton plus grand défi dans cette aventure de jardinage?

Ma plus belle découverte fut de constater que le jardinage apporte bien plus que de simples fruits et légumes à consommer, mais bel et bien du sens, du concret, du social. Plus qu’une activité extérieure, les gens participent et discutent volontiers.

Le plus grand défi, et ce qui m’a stupéfié, c’est que la plus grande dépense que j’ai dû effectuer pour le jardin fut la terre. Du sol vivant – j’insiste sur vivant -, soit berceau de la vie et l’une des ressources les plus abondantes à nos pieds, est vraiment difficile à trouver en ville. On achète alors du sol à un coût environnemental complètement insensé.

DSC_3391

DSC_3684

Quelle est ta recette ou ton activité préférée en ce qui concerne le potager ou le jardin?

Je suis un grand amateur des beignets de fleurs de courges, ça me rappelle mon enfance en Provence où il y en avait tous les jours des fraîches, et j’en retrouve enfin dans mon potager!

As-tu une anecdote amusante à propos du jardinage à nous raconter?

Comme je voulais que le potager occupe le plus d’espace possible dans la cour de l’immeuble, j’ai proposé à mes voisins de me suivre dans cette aventure. C’est adorable que Kelly, mère de la petite Ophelia et qui habite au demi-sous-sol, me dise que depuis qu’il y a un potager, sa fille l’étonne à déguster toutes les herbes fines, salades et autres fleurs comestibles alors qu’il était impossible de lui en faire manger autrement!

DSC_3388

Quelle est la chose à éviter lorsqu’il est question de jardinage urbain?

Surtout, rien! Ne rien éviter, tout essayer, s’y donner à coeur joie, louper, rater, recommencer, échanger. Avec tout ça, observer, passer du temps à regarder et écouter ce que la nature nous dit, elle est notre meilleure enseignante!

Quelle plante ou quel aspect du jardinage t’a donné le plus de fil à retordre?

L’aspect le plus perturbant du jardin a été la planification. M’étant décidé tard, vers le mois d’avril, à créer de toutes pièces un potager urbain dans ma cour, j’ai pris peu de temps à décider de l’agencement des plantes. À en voir le résultat, mon intuition était relativement bonne, même si j’ai quand même des okras plutôt ombragés, des épinards en plein soleil, des poivrons cachés sous des feuilles de courges, des radis trop fins parce qu’ils ont été semés trop près, et autres incohérences. Mais, c’est comme ça qu’on apprend!

DSC_3491

Si tu étais une plante, laquelle serais-tu et pourquoi?

Cette question est définitivement à la mode dans le monde de l’agriculture urbaine! Je serais un radis melon. C’est un légume tellement simple et pourtant si beau et délicieux!

Quelle plante, selon toi, gagne à être découverte? Quelle est la plante la plus particulière que tu aies fait pousser?

Il y a tellement de belles semences locales au Québec, que l’on retrouve notamment chez Terre Promise, à la Coop Tournesol ou chez l’Écoumène. J’encourage tout le monde à participer à la diversité génétique grâce à elles. Le melon de Montréal est un exemple génial d’une variété ancestrale, qui était très renommée dans les années 1920.

J’ai également ramené une plante de thé du Labrador de la forêt d’une amie, dans les Laurentides. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle survive à des conditions aussi inadéquates, et j’ai été bien surpris qu’elle perdure dans une plate-bande de la ruelle, à peine entretenue!   

DSC_3640

Quelle est la chose la plus folle ou incroyable que tu as eu à faire pour ton jardin?

Mon jardin est entièrement fait de matériel récupéré, principalement de vieux tiroirs. Inutile de vous dire le nombre d’allers-retours que j’ai pu faire à vélo, en portant tant bien que mal de gros tiroirs que je trouvais dans la rue!

Que recommandes-tu à ceux qui voudraient se lancer dans une telle aventure, ou qui voudraient commencer à cultiver leur jardin urbain?

Assurez-vous de commencer petit pour ne pas vous décourager. Un jardin prend du temps et de l’attention alors en fonction du temps que vous avez, concevez votre jardin pour qu’il soit agréable et non pas un boulet qui vous empêche de faire d’autres choses que vous aimez.

DSC_3604

Qu’apprécies-tu des vins d’Alsace?

J’ai visité l’Alsace, magnifique région, il y a quelques années avec mes parents. Le merveilleux pinot gris qui s’y fait était incroyable! J’aime beaucoup le fruité discret de ces vins blancs secs.

J’ai beaucoup aimé la région, c’est vraiment magnifique. Ça a beaucoup d’histoire, avec les maisons en colombage. Naturellement, j’y ai bu pas mal de vin! Mon père en est un grand amateur.

Que signifie pour toi l’expression cultiver son jardin?

Pour moi, cultiver, c’est synonyme de gouvernance, de capacité. Je suis capable de subvenir à ce besoin de nourriture. Ici, en ville, nous sommes tellement dépendants des services pour répondre à nos besoins! Toutes les semaines, je récolte quelque chose, comme nos zucchinis et nos haricots recueillis plus tôt aujourd’hui.

DSC_3691

Fabien, végétarien, nous souligne également à quel point on oublie que les vins se marient tout aussi bien aux légumes. Pour découvrir nos vins en SAQ, c’est par ici.

Ce n’est que le début pour notre jardinier, qui compte maintenant vivre de l’agriculture avec une ferme inspirée des pratiques de la permaculture. Il compte maintenant faire de l’agriculture un nouveau projet de vie  avec une ferme inspirée des pratiques de la permaculture qu’il désire bâtir sur les terres familiales, en Provence. Le jardin lui sert donc de labo, pour faire des tests et observer et apprendre. Nous souhaitons donc à ce passionné de la nature le plus grand des succès!