Côté jardin : l’expérience urbaine d’une terrasse en hauteur sur le Plateau

20 July 2017

Dotée d’un pouce vert prolifique et d’une personnalité lumineuse, Véronique Lemieux entretient sa passion en plein cœur du Plateau-Mont-Royal. Plus précisément, cette aventure horticole urbaine se déploie sur le toit de sa résidence du 3e étage! Le temps de déguster un verre de sylvaner Dopff & Irion, nous avons fait la charmante connaissance de Véronique sur sa terrasse féérique, où elle a su nous faire part avec animation de son parcours et de son enthousiasme. Nous vous invitons donc à vous laisser enchanter par son jardin, cette oasis de verdure où il fait bon vivre, cultiver et respirer, qu’elle a su créer de ses mains.Jardin1_Alsace_MDN-1276

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Véronique, parle-nous de toi! Quelles sont tes passions, qu’est-ce qui t’occupe au quotidien?

Je suis la fondatrice d’un nouveau projet expérimental, Vignes en ville. Ce premier vignoble urbain est en train d’être mis en place au centre-ville de Montréal. L’objectif principal d’un tel projet est de cultiver la vigne en milieu urbain. Pour moi, c’est aussi l’occasion d’expérimenter la culture de certaines plantes utilisées en biodynamie, que l’on utilise pour fortifier la vigne et la protéger de certaines maladies. J’ai en tête de créer un petit écosystème favorable à la vigne… en pleine ville! Mon intérêt pour l’écologie m’a aussi amenée à aborder ce projet avec l’objectif de réduire son empreinte écologique. On a donc intégré le verre broyé au terreau que nous utiliserons pour la culture de la vigne. C’est là une façon de donner une deuxième vie aux bouteilles de vin qui, au Québec, se retrouvent parfois encore enfouies avec les déchets domestiques, faute de moyens pour les recycler. Le lancement officiel du premier vignoble de Vignes en ville aura lieu en août. Le lieu de ce vignoble sera donc dévoilé sous peu.

Tout ce qui touche à l’écologie m’intéresse profondément. Je rêve depuis très longtemps d’avoir un vignoble et une petite ferme, qui pour moi vont de pair. J’adore mon quotidien citadin, mais je sais qu’un jour j’aurai envie de vivre à la campagne. Dans un monde idéal, j’aimerais habiter une ville où l’on peut vivre avec un mode de vie près de celui que l’on retrouve à la campagne. Une ville verte réduit la pollution de l’air et les îlots de chaleur et nous connecte davantage à notre nourriture.

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Comment as-tu pris l’initiative de cultiver ton jardin?

Je vis ici depuis bientôt 6 ans. J’étais sur le point d’accoucher de mon fils lorsque nous avons visité ce troisième étage situé dans une maison de ville. Ce fut un coup de cœur immédiat! Nous hésitions entre la possibilité d’avoir une cour ou faire construire une grande terrasse sur le toit. Le choix de la terrasse s’est imposé avec cette vue magnifique du mont Royal qui au fil des saisons est un panorama unique et enchanteur. C’est comme si j’avais une montagne dans mon jardin. Je voulais également pouvoir installer un carré de sable et une petite piscine pour mon fils, et avoir un potager. Nous avons donc tous les avantages d’une cour en plus d’avoir droit à un niveau d’ensoleillement exceptionnel et à des couchers de soleil spectaculaires. Toutefois, nous avons travaillé fort pour avoir la terrasse de nos rêves. J’ai supervisé dans les moindres détails toutes les étapes du projet pendant une année entière, de la création des plans jusqu’à l’aménagement final. On sous-estime vraiment le temps et l’énergie que des travaux majeurs représentent. Vivre dans un chantier au quotidien avec un enfant en bas âge a été tout un défi.

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Combien de temps par semaine consacres-tu à ton jardin?

J’y suis presque tout le temps après le travail, ou bien le matin en déjeunant, je désherbe en parlant au téléphone. Lorsque j’organise des rencontres avec des collègues sur ma terrasse, je leur donne chacun un seau d’eau pour arroser les cultures pendant que je leur présente mon jardin. Je déjeune avec mon fils le week-end sur la terrasse et je l’encourage à aller cueillir lui-même ses framboises pour agrémenter son gruau. Je dirais que j’y mets entre 6 à 8 heures de travail par semaine.

Tu as une formation en permaculture et en viticulture. Comment ta passion pour le vin influence-t-elle ton jardin?

On retrouve dans mon jardin des plantes que d’autres considèrent comme des mauvaises herbes. Je cultive l’achillée millefeuille et l’ortie par exemple, deux plantes utilisées en viticulture que d’autres essaient tant bien que mal d’éradiquer de leurs jardins.

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Qu’aimes-tu des vins d’Alsace, puisque tu es familière avec ceux-ci?

Sur les coteaux alsaciens, la culture en biodynamie (une méthode de culture très naturelle qui se rapproche du bio) est presque une tradition. Réussir à faire de si grands vins en ayant des pratiques écologiques dans le travail de la vigne m’impressionne beaucoup. Pour moi, l’Alsace est un terroir exemplaire à ce niveau-là.

Y a-t-il un cépage que tu affectionnes particulièrement, ou que tu aimes déguster en terrasse, dans ton jardin?

Mon apéro de prédilection est l’auxerrois blanc d’Alsace, un vin blanc sec d’une grande complexité aromatique.

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Quels sont les meilleurs accords à réaliser avec les vins d’Alsace?

Un accord classique est le poisson cru de style sushi avec des cépages tels que le riesling, le muscat ou le gewürztraminer. Je suis de celles qui croient qu’un très bon riesling peut également s’agencer à une très grande variété de plats. Vous ne savez pas ce que vos hôtes ont préparé comme repas? Un bon riesling d’Alsace sera assurément apprécié!

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Quelle est ta recette préférée à partir de ton potager?

La soupe d’ortie. Cela ressemble à la soupe d’épinards, et c’est encore meilleur pour la santé! Il faut des gants pour la cueillir, mais une fois chauffée, son pouvoir urticant disparaît. C’est incroyable la quantité de minéraux que l’on retrouve dans l’ortie, d’où son action fortifiante sur les plantes et la vigne.

Si tu étais une plante, laquelle serais-tu et pourquoi?

L’ortie! Pour ses mille et un bienfaits sur l’homme et le règne naturel. L’ortie a le pouvoir d’assainir, de fortifier, d’amener de la résilience autour d’elle. Si ce n’est pas inspirant ça!

Quelle est selon toi la chose à éviter lorsqu’il est question de jardinage urbain?

Acheter du neuf, ou du non durable. La ville met déjà tellement de déchets et de matériaux gratuits à notre disposition que ce serait complètement fou de s’en passer. J’ai fait ma table de jardin à partir de blocs de ciment et de palettes en bois trouvées sur le trottoir, près d’un centre de rénovations. J’ai aussi un projet de petite serre, que je vais construire à partir de vieilles fenêtres d’anciennes maisons du Plateau-Mont-Royal. Ce type de matériaux à un charme indéniable.

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Que recommandes-tu à ceux qui voudraient se lancer dans une telle aventure ?

On n’a pas besoin d’avoir accès à un grand espace pour cultiver ses légumes. Étonnamment, on peut cultiver une multitude de légumes dans des petits contenants à condition de choisir des variétés qui s’en accommodent. La culture en bac nécessite également un terreau de très bonne qualité et une fertilisation hebdomadaire avec un produit naturel à base d’algues marines : sans nourriture, le plant ne produira que peu de légumes.

Voilà qui, nous l’espérons, à su vous inspirer! À votre tour de nous montrer comment vous cultivez votre jardin, l’effort en vaut la récompense!

Pour plus de jardins urbains, lisez notre entrevue avec les Fermes Lufa et leurs serres urbaines qui se dressent sur nos toits montréalais.